« Bolloré Gate » : 250 millions de Francs CFA pour brader le Port de Lomé ?

par Afreepress

L’affaire fait la Une des médias français et togolais depuis plusieurs semaines. Le milliardaire Vincent Bolloré, patron du groupe éponyme qui fait partie des principaux opérateurs du Port de Lomé a accepté la procédure du « plaider-coupable » dans une affaire de corruption dans laquelle sont cités des dirigeants de deux pays africains dont le Togo. Mais le montant de cette prétendue corruption pose problème : 250 millions de francs CFA auraient-ils suffit pour obtenir une concession au Port de Lomé ?

Les juges d’instructions du pôle financier du tribunal de Paris soupçonnent alors le groupe Bolloré d’avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale EURO RSCG afin de décrocher la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics. Les magistrats soupçonnent EURO RSCG d’avoir sous-facturé ses services rendus aux deux candidats victorieux pour que le groupe obtienne en contrepartie, la gestion des concessions portuaires ainsi que des avantages fiscaux et douaniers. Mais les chiffres évoqués dans ce « scandale inter-Etats », suscitent bien de commentaires dans les milieux d’affaires. 370 000 euros ! Il est en effet reproché au Groupe Bolloré d’avoir monnayé la concession du Terminal à conteneur du Port de Lomé par le financement de la campagne du Président Faure Gnassingbé en 2010 à hauteur d’une somme de trois cent soixante-dix mille euros par le biais d’EURO RSCG.
« Ridicule » ?

De source proche du parti Union pour la République, il s’agit d’une accusation fantaisiste, ridicule et délibérée contre laquelle tout Togolais digne de ce nom devrait s’insurger. « Une élection présidentielle se gagnerait donc au Togo avec si peu d’argent ? », s’est d’ailleurs interrogé un militant du parti sur une radio de Lomé. Nos investigations sur ce dossier indiquent que contrairement aux spéculations et articles qui circulent sur les réseaux sociaux soutenant que le Port autonome de Lomé a été cédé pour 370 000 euros, cette concession a été faite en contrepartie du paiement de redevances et de recettes calculées selon les dispositions contractuelles. De plus, le Groupe Bolloré serait plutôt assez mal à l’aise au Port de Lomé, avec en face LCT [Lomé Container Terminal], groupe issu d’un partenariat sino-européen qui a construit et exploite une darse au Port de Lomé. Autre élément intéressant à souligner dans le cadre de cette affaire, les concessions du groupe Bolloré au Togo datent de 2001, soit plusieurs années avant le rachat d’EURO RSCG par Vincent Bolloré. Et près de dix ans avant la fameuse présidentielle. En Afrique comme ailleurs, les élections notamment présidentielles ne se gagnent pas sur des contrats de communication uniquement. Et en 2010, Faure Gnassingbé n’avait pas face à lui l’opposant historique d’alors Gilchrist Olympio et avait réussi le pari de pacifier le pays après les évènements de 2005. De plus, les relations entre le groupe Bolloré et l’État togolais ne ressemblent pas nécessairement à une lune de miel. Les deux parties s’affronteraient régulièrement devant des juridictions spécialisées pour régler des différends…

A qui profite le buzz ?

« Cette affaire est une cabale médiatique et judiciaire contre M. Bolloré qui éclabousse malheureusement des États souverains », estime un politologue béninois. Selon lui, le fait d’accepter la Convention judiciaire d’intérêt public pour abandonner les poursuites contre le groupe mais de refuser le « plaider coupable » de M. Bolloré et de ses collaborateurs relève d’une bizarrerie. Isabelle Prévost-Desprez aurait-elle voulu s’emparer de cette affaire pour s’attirer une fois de plus les projecteurs ? En tout cas « son parti pris dans les dossiers concernant l’ancien président français Sarkozy dont M. Bolloré est un proche, a été souvent dénoncé par les avocats de celui-ci et maintes fois relevé par certains observateurs de la vie politique française », tranche le politologue